il est bizarre, ce projet, quand même. (je parle de printemps lunaire, qui paraîtra le mois prochain chez mécanique générale, faut tout le temps répéter.) on ne peut pas dire que j’avais vraiment une idée très précise en tête au début, et finalement c’est devenu une histoire à propos de cinéma québécois. le peu que j’avais “prévu” s’est transformé en chemin, beaucoup de choses qui devaient entrer dans cette histoire sont devenues de courtes allusions, quand elles n’ont pas tout bonnement disparu. et ce qui est resté, c’est beaucoup de scènes très “quotidiennes”, voire même carrément “plates”, et que personnellement je trouve assez drôles. on y parle donc de casting, de contrats, de subventions, d’impôt, de critiques dans le journal, de bisbilles par forum interposé, de contraintes, de blocages, et plus généralement de l’humeur de chien de l’artiste au travail (et des conséquences néfastes pour son entourage), bref, de toutes ces choses fort peu glorieuses qui n’intéressent probablement que très peu le quidam.
tout ceci au point où la chose commence à ressembler dangereusement à de l’autobiographie, sauf que c’en est pas. ou alors, il y a des bouts d’histoire qui, si on les tord suffisamment dans le sens contraire, pourraient faire penser à des épisodes de ma propre vie (mais ça, c’est le cas dans la muse aussi). et puis, ici et là, des bouts de mystère, un peu de magie, des trucs vraiment pas réalistes du tout, qui sont là parce que je voulais me prendre pour un magicien (conseil à moi-même: le faire avec moins de nonchalance la prochaine fois). et un dernier chapitre que j’ai fait sans savoir précisément où j’allais, comme en suivant obstinément une boussole, en ignorant tout du terrain à traverser, ce qui explique que ça m’ait autant fatigué. je suis heureux d’avoir des lecteurs aussi encourageants: autrement, j’aurais abandonné ce serpent de mer depuis un petit bout de temps.
ce qui fait que printemps lunaire est vraiment une bizarre de bestiole. mais j’ai la prétention de penser que cette bestiole sera un peu plus que la somme de mes lubies personnelles. voire qu’on y verra des choses que je n’ai pas vues. voire qu’on y lira une histoire que je n’y aurai pas mise. parce qu’en fait, il n’y aura pas vraiment d’histoire dans ce livre. il va falloir que vous l’inventiez vous-mêmes. je sais, c’est pas vendeur de dire ça. c’est peut-être même un peu précieux. mensonger aussi, probablement. mais c’est quand même un peu comme ça que je me sens par rapport à ce livre qui ne parle finalement pas vraiment de cinéma.
en fait, je compte surtout sur mes personnages féminins pour susciter votre rêverie: diane, louise, lillia, dissimulata et même la mystérieuse “madame” (à ne pas confondre avec mon chat éponyme). au fond, ce sont elles, mes vedettes et pour moi, ce sont des portraits amoureux (et amicaux encore plus) et j’espère que le charme de ces filles de papier excusera les maladresses et les négligences dont j’ai paresseusement parsemé ce livre. livre qui, contrairement aux autres, n’a pas été d’abord fait pour moi-même, ni pour personne en particulier d’ailleurs. c’est comme si le destinataire de ce livre, c’était le livre lui-même. sauf que là je divague et vous m’avez perdu.
mais vous n’êtes pas venus ici pour lire mes bavardages, n’est-ce pas? alors voici quatre pages de plus. après ça, il faudra attendre la chose dans sa forme finale.
(more…)