Archive for the 'nouvelles lectures' Category

rêve en cage

Wednesday, July 15th, 2009

et hop, une nouvelle chronique pour du9, cette fois autour de rêve en cage, dernier tome en date de la série capricorne d’andreas:

Certains voudraient vous faire croire que la manière optimale de lire Capricorne est la même que pour tous ces «cycles» feuilletonesques qui pullulent depuis un certain temps: comme il s’agit d’un seul récit se suivant sur plusieurs volumes, l’idéal, à la parution de chaque nouveau tome, est forcément de parcourir d’abord l’ensemble des tomes précédents, se remémorer personnages, lieux, enjeux et tout le reste, et seulement après tout ça on ouvre le dernier tome, armé de toute la connaissance nécessaire, prêt à s’insérer dans l’histoire, juste avant la page inaugurale d’un chapitre pas encore défloré. Je ne sais pas si tous les lecteurs suivent ce rituel mais il me semble qu’il s’impose de lui-même: autrement, bien souvent, à moins de posséder une mémoire phénoménale, on n’y comprend plus rien.
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comment? je vous ai promis des nouvelles à propos du nouvel épisode de locus amoenus et je n’ai rien livré? ah mais oui… c’est bien vrai… bon, un peu de patience, encore? vraiment…

un tour de magie au lotus bleu

Saturday, June 20th, 2009

il y a quelques années, de passage à paris, j’étais allé avec un ami (pierre, qui se reconnaîtra s’il passe dans le coin) à beaubourg, voir la fameuse exposition hergé où était exposée, entre autres choses, l’intégrale des originaux du lotus bleu première version. c’est lors de cette visite que m’est apparu pour la première fois une faille assez fascinante dans cette œuvre, sur laquelle je n’avais pas eu l’occasion d’écrire depuis. et bien entendu ça fait un nouvel article pour du9 dont voici un extrait:

J’imagine ici un jeune auteur planchant sur son feuilleton, au moment où il rédige les mots du dialogue cité au début de ce texte. Comme son héros, il cherche une manière de résoudre un problème bien réel: comment faire entrer Tintin au Lotus bleu sans qu’il se fasse voir? Il pense bien sûr au déguisement, puis se ravise avec une pointe de contrariété: cette solution du déguisement, il le sait, il l’a sur-utilisée. Il ne peut pas toujours fourbir les mêmes armes. Mais par quelle astuce, alors, Tintin s’introduira-t-il au Lotus bleu? Hergé pense à d’autres solutions, qui lui semblent toutes également prévisibles: bien sûr que Tintin pourrait encore cogner sur quelque garde, trouver une porte dérobée, créer une diversion quelconque, mais tout ça est si éculé! On n’y croit pas une seconde.
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et maintenant que j’y repense, cet article est un peu aussi un hommage au style des lectures de raymond, toujours si inspirantes.

à bientôt pour d’autres petites nouvelles, notamment la suite de locus amœnus!

charlie schlingo était-il poète?

Sunday, May 31st, 2009

grave question que celle qui est posée cette semaine chez du9: charlie schlingo était-il poète?

Charlie Schlingo est un lettré. Un érudit, si vous voulez. Quelqu’un qui canalise ses lectures, les transforme, les rejoue, les remanie, les habite, comme s’il s’agissait d’appartements que l’on peut investir, remeubler à loisir. Il me semble que si l’on voulait rapprocher Schlingo d’un auteur qui lui était contemporain, c’est à Chaland qu’il faudrait penser, justement à cause de cette érudition qui était la leur. Autant Chaland que Schlingo travaillent à partir de leurs lectures, oui, mais en faisant revivre non pas la forme des aventures qu’ils ont lues mais des aspects a priori secondaires: onomatopées, acolytes, conventions, éléments de décor. Il s’agit autant de mettre en veilleuse les grands vecteurs du récit (que de toute manière nous connaissons par cœur) que de faire ressortir des objets banals dont nous n’avions jamais remarqué à quel point ils étaient obsédants, essentiels.

et pour savoir de quoi ça parle vraiment tout ça, il faut lire l’article que je vous ai concocté avec tant de soin.

sibylline retrouvée

Sunday, February 22nd, 2009

ah, çà, pour manquer d’assiduité sur mon blogue, je manque bel et bien d’assiduité. des plans pour que tous mes lecteurs m’aient quitté, et depuis longtemps. surtout que je ne reviens que pour vous faire part de quelque chose que, si comme tous les gens de qualité vous suivez du9, vous êtes déjà au courant, est-ce bien la peine, etc.

Tout avait bien commencé pourtant: au milieu de la décennie 1950, l’auteur a trente-deux ans et possède déjà à son actif trois beaux albums cartonnés dans la prestigieuse collection du Lombard. Puis voilà que l’éditeur le déclasse en «collection Jeune Europe»: au luxe du carton succèdent de modestes couvertures souples. Disons que le prestige est moindre. Qu’à cela ne tienne: Macherot livre deux chef-d’œuvres au journal Tintin (les Croquillards et Zizanion le terrible) mais l’éditeur oublie de les éditer, embarrassé peut-être par quelques allusions politiques, ne digérant en tout cas pas trop cette manie qu’a l’auteur à nous rappeler qu’un carnivore est toujours l’assassin de son repas.

eh oui, c’est le fameux article interminable sur macherot que je promettais depuis longtemps de faire. c’est tellement long que c’est en deux parties: la première a été publiée la semaine dernière et la seconde, vendredi dernier. les habitués de ce blogue n’apprendront pas grand-chose sur le grand auteur disparu (à un endroit, j’y reprends même verbatim une partie de mon article «la nuit fantastique de macherot»), le projet étant de rassembler en un long papier des notes qui se trouvaient jusqu’ici éparpillées en blogues, forums et autres conversations.

la nouveauté de ce texte, cela dit, est, à mon avis, d’importance: il s’agit d’une proposition de réédition compréhensive du fonds macherot (certes, le fonds animalier seulement). c’est à dire que j’y suggère ce qui semble pour moi la forme idéale d’une telle réédition. bien évidemment, c’est à nous tous, lecteurs, qu’incombe la tâche de se faire le relais de telles volontés de rigueur éditoriale: n’hésitez donc pas à laisser vos commentaires sur du9, à discuter de la chose sur les forums, voire à écrire directement aux éditeurs.

et pour simplement lire l’article, qui m’a quand même pris quelques mois à boucler, il faut commencer par ici.

je vous reviens bientôt (dans la mesure du raisonnable, mesure qui comme on le sait est infiniment extensible) pour, cette fois, des dessins, et en couleur.

le neutre, le différent et le double

Tuesday, February 3rd, 2009

de retour d’angoulême (et plus généralement des vieux pays), j’en profite rapidement pour mentionner un article paru sur du9 durant mon absence, que j’ai co-écrit avec l’inestimable josiane robidas, dont les connaissances anthropologiques ont permis l’avancée la plus intéressante de ce texte qui commence comme suit:

Krazy Kat est-il un mâle ou est-elle une femelle ? La question, posée il y a quatre-vingt-dix ans, jamais résolue par l’auteur qui brouillait les pistes, reste encore aujourd’hui sans réponse; en fait, on a cessé de croire qu’on pouvait y trouver la moindre solution, sinon que d’y voir une autre manifestation de cette extraordinaire license poétique exercée par Herriman tout au long de son œuvre. Cela dit, on trouve dans cette question prétexte à une discussion autour des rôles sexuels au sein de la micro-société de Coconino County (ce que l’on appellerait les gender studies), voire carrément de la sexualité de ses protagonistes. Cet essai, sans espérer donner une réponse conclusive à ces questions, tentera de dégager trois approches générales autour de cet étrange problème.

tout un programme, n’est-ce pas? eh bien puisque vous voilà alléchés, ne vous reste plus qu’à aller le lire, ce papier.

(et dans le cas improbable où cet article verbeux ne vous rassasierait pas de krazy kat, vous pouvez toujours aller relire deux articles que j’avais commis sur ce blogue il y a longtemps: une petite lecture symbolique reprise dans le colosse le ronron de krazy kat, aujourd’hui épuisé; et une appréciation plus générale de l’œuvre et de son auteur, rédigée dans un état d’ébriété raisonnable.)

quant à moi, je reviendrai bientôt donner d’autres nouvelles et qui sait, peut-être raconter quelques souvenirs de voyage. mais là, décalage horaire oblige, faut que j’aille faire dodo.

deux nouvelles lectures et un petit périple

Friday, January 9th, 2009

que le temps passe vite… déjà le neuf janvier et je ne vous ai pas encore collectivement souhaité une excellente année. il faut dire que j’ai passé le temps des fêtes en partie au bureau. non, ça va, pas besoin de me plaindre, pour une fois que je pouvais travailler tranquille. enfin, là j’ai trois petites nouvelles alors allons-y gaiement. d’abord, une critique de mon mignon, laisse-moi te claquer les fesses, nouveau livre de lucas méthé, vient de paraître chez du9 et ça va comme suit:

Cette densité du récit, cette dureté poétique relève finalement, autant que d’un projet esthétique, d’une visée à proprement parler éthique : pas une parole de trop, fi des explications trop évidentes, pas un élément qui n’appelle qu’à soi, aucune fioriture, que de la vérité brute. Comme si le temps était compté, comme si les pages étaient en nombre limité, que l’espace était restreint. Notre auteur semble abhorrer la frivolité et en tout cas il s’interdit formellement de radoter: et là, je me prends à regarder ma bibliothèque et à compter tous les livres trop longs, trop légers, trop tape-à-l’œil, qui sèment leur fragrance agréable, peu envahissante, et qui ne disent jamais rien vraiment. Celui-ci, pour compenser, il faudrait que je l’encadre, mais ce serait justement déjouer l’éthique d’un livre qu’on dirait fait pour être trouvé par hasard, d’ailleurs les âmes sœurs ne se découvrent pas autrement.

ça faisait longtemps qu’un livre ne m’avait pas touché de cette manière et on peut voir ce que donne cette critique par ici messieurs dames.

outre tout ça, le quinzième numéro de la revue française neuvième art vient de sortir des presses et c’est un numéro fort copieux où l’on trouve, entre autres, un dossier fred auquel, comble de la coïncidence, j’ai participé avec un article intitulé «le dessin qui rêve». cet article veut démontrer que chez fred, l’inventivité narrative et les acrobaties de découpage sont d’abord issues d’une pensée de dessin, c’est à dire qu’elles ne précèdent pas le dessin. ce faisant je me suis rendu compte que la réflexion sur le dessin en bande dessinée est très rare et lacunaire, et ça m’a donné des idées mais chut. en tout cas, je viens de recevoir mon exemplaire et j’avoue que ça m’a fait un petit veloux de me retrouver en si savante compagnie. on me dit que ça ne sera pas en vente avant la fin janvier (pour angoulême donc), ce qui m’amène à…

angoulême, eh oui, c’est bien vrai, j’y serai. mais d’abord en vadrouille à bruxelles (depuis le temps qu’on me vante ses charmes), puis un petit peu à paris, et puis nantes, et puis finalement le 24 heures de la bande dessinée, eh oui, celui d’angoulême, pour finir, crevé, par le festival éponyme. alors si vous vous trouvez sur mon chemin, vous pouvez toujours m’écrire mais sachez que je prends l’avion le 15 janvier. en d’autres mots ça se peut bien que vous n’ayiez pas beaucoup de nouvelles de moi d’ici là ou après. à mon retour j’essaierai de reprendre tranquillement une routine de blogue. mais je ne promets rien parce que. voilà.

bonjour, monde cruel!

Friday, November 7th, 2008

non, ce n’est pas le cri primal poussé par l’auteur terminant son nouveau livre, c’est juste le titre d’un livre de geerts dont je fais la critique cette semaine chez du9:

Mais Geerts ne partage pas les sujets et les personnages de Sempé, pas plus que son dessin. Sempé possède au fond un trait bien froid, soucieux d’un certain luxe de détails, d’ornementations finement élaborées, d’une exactitude dans les décors qui, en des mains moins expertes, confinerait à la carte postale. Geerts, à l’inverse, a un dessin rond, sommaire et souvent inexact, qu’il rehausse d’aquarelle, donnant à l’ensemble un rendu plus flou, un peu impressionniste. Et, là où Sempé fait dans la volupté et la sophistication, illustrant en quelque sorte un certain fantasme de la bourgeoisie, Geerts conserve un petit côté «prolétaire», de sentiments nobles et ordinaires, d’amours simples plutôt que de passions troubles, de colères franches plutôt que de frustrations dissimulées.

en fait, c’est un vieux texte inédit que j’ai retapé un peu pour qu’il ne fasse pas trop dur. on peut le lire par ici messieurs-dames.