ce qui adviendra
Wednesday, July 28th, 2010plusieurs choses, ces derniers temps, m’éloignent de mon blogue, et je ne peux pas dire que je fais le moindre effort pour les combattre. entre les raisons frivoles et d’autres plus justifiables, je ne choisis pas, je prends tout. pour ce qui est des excuses sérieuses: je vais au boulot et je m’occupe de mon fils. pour ce qui relève du frivole: pensez «jeu vidéo» et ne m’obligez pas à entrer dans les détails. heureusement, je lis un peu, aussi.
en effet, je ne dessine pas tellement. pour ne pas dire pas du tout. manque de temps, surtout. il y a aussi l’été trop chaud, qui rend assez difficile l’accomplissement de tout travail dépassant le minimum syndical autorisé. je n’abandonne pas mes projets (au premier rang duquel se trouve toujours les pièces détachées, dont d’ailleurs vincent a commencé à esquisser quelques décors) mais je dois admettre qu’il me faudra un peu plus de temps que prévu pour les réaliser. il faut comprendre que le premier numéro des pièces m’a pris un temps fou. je suppose que ça m’intimide un peu, de m’y remettre, surtout comme ça, sans véritable avenue éditoriale.
je me rends compte que l’art, chez moi, est une forme de compulsion maniaque; et que si la bande dessinée devient difficile, ce sera autre chose. c’est pour cette raison que, plus tôt cet été, j’ai écrit un court roman. il en adviendra sans doute quelque chose, éventuellement. pour l’instant, il est à l’état de manuscrit, bouclé mais pas complètement terminé, je crois. d’ici le début de l’automne, je l’enverrai à quelques éditeurs, sans trop me faire d’illusions cela dit.
et comme cette compulsion à l’écriture ne me lâche visiblement pas, voilà que je me lance ces jours-ci dans un nouveau projet, qui cette fois prend la forme d’un essai critique. ça parle de bande dessinée, évidemment. je ne sais pas, là non plus, ce que ça donnera au final. je fais tout ça sans le moindre soutien d’un éditeur, juste parce que ça me démange. c’est un peu maladif, sans doute, tout ça. mais ça me semble important.
la critique, pour moi, n’est qu’accidentellement «utile». c’est d’abord un travail d’écriture comme un autre. c’est un peu la raison pour laquelle je n’ai pas trop envie de faire entrer ce travail dans un carcan par trop «académique» (et ce ne seraient pas les occasions qui manqueraient). ces derniers temps, j’en viens de plus en plus à une position à l’opposé de celle qui était la mienne il y a quelques années: je ne veux plus considérer le langage et la signification comme deux choses différentes. il n’y a pas d’un côté le sujet, de l’autre le texte: tout cela est mêlé, parfois de manière inextricable. le «sujet» passe à travers le langage, et quand je dis «le» langage, je veux bien sûr parler de celui que je parviens à maîtriser, de peine et de misère, en me demandant parfois ce que je fais là. mais à force d’y travailler, j’acquiers une grande affection pour la langue française, dans toutes ses possibilités littéraires, une langue dont je me méfiais pourtant, malgré qu’elle fusse la mienne de naissance. j’apprivoise, tranquillement, certains de ses méandres les plus suggestifs.
et je finis par gagner l’impression de mieux maîtriser, et de loin, les arcanes de la langue que ceux du dessin.
je me demande si cette «nouvelle» direction, dans les pièces, vers un dessin plus clair, plus rigoureux, même si le résultat (je l’avoue) me satisfait énormément, je me demande donc si cette direction n’est pas contraire à tout ce qu’admet mon corps, au premier rang la main qui dessine, et pour qui ces gestes-là semblent, peut-être, si artificiels.
lorsque je faisais minerve, je m’éclatais mais il y avait davantage qu’un simple plaisir: j’avais l’impression d’accomplir ce que le dessin, dans mon esprit, devrait idéalement accomplir: un conduit aussi direct que possible entre le cerveau (ou le cœur ou les tripes ou ce que vous voulez) et la page. je regrette la sauvagerie de ce dessin-là; mais je ne parviens plus à la retrouver, ou en tout cas pas aussi naturellement que je le voudrais. je pense que j’ai développé des scrupules par rapport à ce genre de travail qui demande beaucoup d’isolement et de protection, après coup je veux dire. ce sont des livres qui ne devraient jamais être tirés qu’à une poignée d’exemplaires, et qui ne devraient jamais exister que chez les libraires qui savent de quoi ils retournent vraiment. (mais ces libraires-là existent-ils toujours?)
en somme, depuis la débâcle de mécanique générale, je me trouve privé de repères, dans une recherche un peu désespérée de «ce que je devrais faire maintenant». la réponse devrait être simple: fais ce qui te tient à cœur. cela va sans dire: et c’est bien pourquoi j’ai commencé les pièces, c’est un projet qui me parle énormément, pour plusieurs raisons qui vont bien au-delà du dessin, mais qui demande, je crois, un travail beaucoup plus intensif, beaucoup plus cérébral que bien d’autres de mes projets. mais après? qu’est-ce qui se passera avec ce livre-là? quand il sortira, sera-t-il lu, et si oui, le sera-t-il par les bonnes personnes? les livres, aujourd’hui, passent en courant chez les libraires: ils en sortent plus vite qu’ils en sont entrés: parfois ils ne quittent même pas les caisses du distributeur. c’est terrible: voilà qu’en plus de gérer cette obsession à faire des livres, il faut se mettre à penser à la commercialisation, à la compétition, aux retours. mais comment s’isoler soi-même de ces questions-là? imposisble, à moins d’être débutant, de n’y rien connaître, de débarquer comme ça, avec toutes ses illusions intactes.
j’ai l’impression, parfois, d’avoir raté mon départ, d’avoir misé sur les mauvais chevaux, d’avoir pris d’emblée la mauvaise route. je ne parle pas de choix de carrière; je m’en fous un peu, de «carrière». mais je ne peux pas nier que trois flops consécutifs, ça mine le moral. bon, je ne veux pas m’apitoyer, je dis juste ça.
il est rare que je sois aussi «autobiographique» sur ce blogue. mais puisque, avec l’espacement des posts, le lectorat aussi s’étiole… enfin, je ne dirai pas que j’abandonne, juste qu’il est plus que possible que mon travail, désormais, se fasse de manière presque entièrement «privée». j’ai très certainement besoin de cette isolation si je veux continuer mon travail sans m’encombrer de cette autocensure qui me pèse lorsque j’empoigne un crayon pour dessiner une histoire.







