la théorie est-elle une sorte de récit d’aventures?

Sunday, September 16th, 2018, 15:24

cette année, j’ai décidé de publier autre chose qu’un roman. depuis presque deux ans déjà, je planchais sur un essai à propos d’un écrivain que j’ai beaucoup lu (et que je continue de lire): gérard genette, théoricien de la littérature et des arts, auteur de figures III, palimpsestes, seuils, bardadrac et bien d’autres. ce essai, enfin terminé (et ça n’a pas été facile), est sur le point de devenir un livre, à propos du style de genette, à paraître début octobre, toujours au quartanier.

plusieurs d’entre vous savent que genette est mort plus tôt cette année, à quatre-vingt-sept ans. jusqu’à la fin il avait continué d’écrire (son dernier livre s’intitule postscript). c’était un auteur que je lisais bien sûr pour son propos (plusieurs de ses livres sont des classiques des études littéraires) mais aussi pour… son style. un style pas forcément ostentatoire, encore moins fleuri; un style qui tient du rythme, sinueux et parfois bifurquant, souvent à contre-temps. un style, en tout cas, dont je me suis aperçu un jour qu’il avait beaucoup influencé mon écriture, ce dont je fus le premier surpris: ce n’est pas ordinairement chez les théoriciens qu’on cherche ses influences stylistiques. et pourtant…

un brin d’histoire peut-être? les deux ou trois parmi vous qui suivent ce blogue depuis les presque quinze ans qu’il existe savent que j’ai longtemps écrit, en autodidacte, de la critique. ma «spécialité», si on peut le dire comme ça, était la bande dessinée, vaste sujet en soi, et pas encore très balisé bien qu’il ait ses théoriciens (par exemple thierry groensteen, pour ne nommer que le plus connu). or donc, à cette lointaine et glorieuse époque, et question de me renseigner un peu, je m’étais mis à lire des ouvrages de théorie provenant de disciplines connexes à la bande dessinée: cinéma (bazin, truffaut…), arts visuels (arasse, gombrich…) – et bien entendu littérature. c’est donc tout naturellement que je suis tombé sur gérard genette, dont j’ai d’abord lu palimpsestes, attiré par son sous-titre: «la littérature au second degré». livre long, érudit, passionnant, dévoré d’une traite.

plus exactement: je me suis mis à aimer lire des livres de critique et de théorie, et particulièrement l’œuvre de genette. j’y trouvais un réel plaisir, que le roman ne me donnait pas. oui, je sais, c’est bizarre – mais c’est comme ça. ce plaisir, d’ailleurs, était aussi dans l’écriture elle-même: la leur et la mienne. mes lectures m’inspiraient des manières de trousser des phrases, d’organiser mes idées. c’était amusant: j’apprenais un métier.

ceci se passait à un moment où je sentais que ma pratique de la bande dessinée atteignait des limites que je ne me sentais plus la capacité (ou l’envie) de dépasser. alors qu’en écriture, je ne faisais que commencer. c’est à force d’écrire des essais que je me suis mis en tête de passer, un peu en contrebande, au roman. le reste, vous le connaissez (je pense).

tout ceci pour nous ramener à 2018, où je retrouve le genre de l’essai, que le roman m’avait fait négliger quelque peu. la raison pour laquelle j’avais pensé à écrire sur le style de gérard genette est qu’il me semblait que gloser le style d’un théoricien n’était pas un exercice très courant, alors qu’il y avait, à mon sens, de quoi faire – et de quoi dire. c’est un texte qui a été assez compliqué à écrire, et qui a pris diverses configurations avant de prendre la forme de huit chapitres entourés d’une introduction, d’une «conclusion polémique» ainsi que d’un post-scriptum.

je sais, c’est un drôle de livre à publier après mes romans. j’ai quand même l’impression qu’il intéressera quelques-uns d’entre vous, et peu importe le rapport que vous entretenez avec l’université (le mien, d’aucuns le savent, est, disons, quelque peu distant)…

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