d’un récit sans intrigue

Sunday, January 15th, 2012, 10:41

s’il est une leçon que je retiens de la fabrique des pièces détachées, c’est qu’il est beaucoup plus ingrat de dessiner un récit où il ne se passe rien qu’un où il s’en passe beaucoup.

au plan du scénario, je suis complètement en-dehors de ce que j’aurais cru être ma «zone de confort»: les dialogues sont au minimum, et se cantonnent au mieux à des banalités. très peu de scènes d’exposition pure, tout doit être suggéré (mais ça, c’était déjà un peu ce que j’essayais de faire, certes pas toujours heureusement, avec la muse). et puis, plus généralement, une histoire d’où est évacuée toute intrigue.

enfin, toute intrigue? pas forcément, bien sûr: même en restant dans le très quotidien, même en se cantonnant aux événements les plus banals, on finit toujours par trouver un fil à tisser. je pense que la construction d’une histoire comme celle-là s’apparente un peu à la croissance d’un bonsaï: on enlève tous les ressorts qu’on peu, on limite au maximum la croissance, et malgré tout ça la vie apparaît quand même, la machine fonctionne. et surtout, des choses nouvelles apparaissent, que si on ne focalisait pas autant sur les infimes détails, on ne verrait pas. ce qui se résoud en un étonnant théorème: plus on en enlève, plus il en reste.

mais dessiner tout ça? c’est long, et quelque peu harassant. et je ne saurais faire ça tout seul, et c’est pour ça que, dès le début de ce projet, j’ai demandé à vincent giard de s’y associer. au début il s’agissait surtout de m’aider à dessiner les décors. sauf qu’il s’y est investi à bien plus grande échelle que je l’espérais, et heureusement.

on nous demande parfois comment se déroule notre collaboration. c’est un peu difficile à décrire, je suppose qu’il faut nous voir à l’Å“uvre pour comprendre. ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas «un scénariste» et «un dessinateur», chacun met la main à la pâte. il reste qu’avec le temps, les rôles se sont répartis de manière plus claire, et que notre méthode y a gagné en efficacité. (le numéro 2 nous avait demandé énormément d’énergie, ce numéro 3 beaucoup moins.)

tout ceci pour dire que nous envoyons tout ça à l’impression lundi matin (sans faute!) et que, sauf catastrophe, ça sera prêt juste à temps pour notre départ pour angoulême. car, oui, nous y allons encore une fois cette année accompagnés d’une impressionnante cohorte d’auteurs et de bouquins — dont (encore!) des nouveautés: je ferai les présentations cette semaine, ce billet est déjà assez long comme ça!

un commentaire pour “d’un récit sans intrigue”

  1. aencre (vincent giard) Says:

    […] Les Pièces détachées No 3 — Le très attendu troisième numéro des Pièces détachées, avec David Turgeon, tout en silences, en non-dits et en riens du tout.  David en parle davantage ici; ça a été un numéro le fun à faire.  36 pages, noir et blanc.  (In french.) […]

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