le salon qui n’en était pas un

Saturday, January 16th, 2010, 1:42

il y a les livres qu’on planifie longtemps d’avance et qu’on ne commence jamais; et puis il y a les livres qu’on commence sans s’en rendre compte, à la faveur d’une occasion, et qui finalement prennent plus de place que prévu et qu’on décide de terminer tant qu’à faire.

or il y a quelques mois (rappelez-vous: c’était le 23 avril dernier), j’avais participé à un collectif intitulé le livre. c’était un fanzine qu’on avait improvisé à six à la librairie gallimard et ça avait donné un résultat ma foi assez sympathique. certains des auteurs présents ont d’ailleurs ultérieurement publié leur contribution: vincent dans son aplomb (c’est l’histoire qui a un titre très long qui commence par «on devait faire en quelques heures…»), et jimmy dans côte nord (c’est l’histoire qui s’appelle «mousseline et le metteur en scène», bizarrement et vous verrez bientôt pourquoi). quant à moi, j’ai bâclé six pages autour d’un concept qui s’appelait «littérature», et qui mettent en scène (pour la plupart) un auteur, ou en tout cas quelqu’un qui se prétend auteur de quelque chose, dans un monologue très statique et très solitaire.

le procédé, vous le voyez bien, n’est pas particulièrement original: trondheim a fait la même chose avec ses psychanalyse et monolinguistes, big ben avec son albert le grand, sherwin tija avec ses pedigree girls et y a même un truc qui s’appelle dinosaur comics sur les internets qui répond audit signalement. les oubapiens, d’ailleurs, ont baptisé cette technique hautement paresseuse du nom d’itération iconique, ce qui signifie que j’ai fait de l’oubapo sans le vouloir, j’ai pas fait exprès je le jure.

quant à faire des gags autour de cette chose qui s’appelle la littérature, c’est idiot mais françois ayroles vient de publier les lecteurs, autant dire que je ne suis pas dans le coup mais alors pas du tout.

mais je ne suis pas pour m’en faire avec ces broutilles, d’ailleurs françois ayroles il en a lu quelques pages et il a même esquissé un sourire à leur endroit. quant à l’itération iconique: ha! ces photocopieurs du dimanche? moi, chaque case est dessinée à la main ce qui, vu la complexité dudit dessin, me prend environ 10 minutes par page, reste plus qu’à trouver le contenu du monologue.

or donc: rendu à une dizaine de pages, je me suis dit que je n’avais qu’à en faire une vingtaine de plus, ça ferait trente, c’est un beau chiffre pour un comix, parce que bon, les derniers colosses que j’ai fait étaient tous des livres de plus ou moins grande ampleur, avec un dos et tout, que je suis un peu obligé de vendre à un prix normal de livre parce que ça ne coûte pas des pinottes à faire imprimer. pour celui-ci, changement de cap, un petit truc, à la mode des anciens colosses, que je vendrai à un prix aussi minuscule que possible. et voilà pour le prétexte.

la série s’appelait originellement «littérature» mais je voyais assez mal ce mot devenir un titre de livre; j’imagine déjà la conversation: «oui, alors toi, tu travailles sur quoi? — eh bien, je viens de sortir un livre. — ah, c’est quoi? — euhhh, littérature. — oui, ça je m’en doute bien mais c’est quoi le titre?» sans compter que ça sonne, comment dire, un tantinet péteux de broue? pendant un moment j’ai pensé à appeler tout ça «la chose écrite», titre que j’ai finalement éliminé pour des raisons similaires: «je suis l’auteur de la chose écrite. — eh ben, tu te fais pas chier.» bref.

bref, maintenant ça s’appelle salon du livre, qui est un titre que j’ai trouvé à force d’associations d’idées, aidé en cela par le fait qu’on n’y parle jamais de salon du livre. c’est donc un salon métaphorique, où se retrouvent par la magie de la bande dessinée (si, si) tout plein d’acteurs de la chose littéraire et au premier chef l’Auteur paré de tout son ridicule et de toute sa suffisance, mais en même temps toute son impuissance et toute sa tristesse. on y retrouve aussi des saynettes mettant en vedette éditeurs, libraires, critiques, pilonneurs, lecteurs et quelques autres. c’est un livre drôle et peut-être moins grinçant que vous pourriez penser. j’espère qu’il vous fera rire autant qu’il a fait rire catherine genest, qui possède un sens de l’humour certes beaucoup plus subtil et élevé que nous autres pauvres humains mais quand même.

quelques mots sur la mise en page, parce que. je me suis amusé, vous le verrez, à composer ce livre d’une manière qui pourra paraître un brin désuète, à l’aide d’une typographie à l’allure quelque peu surannée. en fait, caslon — puisqu’il faut appeler cette police par son nom —, je la trouve vigoureuse, flexible et au final plutôt moderne. alors oui, il y a un petit côté assez «classique» à tout ça qui est assumé et franchement je ne suis pas mécontent du résultat. (j’avais tenté quelque chose dans le genre avec la suite de minerve mais je n’en suis pas aussi satisfait et je réalise aujourd’hui que j’avais été un peu arbitraire dans mes décisions graphiques. et puis, baskerville est jolie mais elle est loin d’avoir la force tranquille de caslon.)

évidemment, je dis tout ça comme si j’avais tout fait. il n’en est rien: une bonne partie de la production (du travail de bras) fut le fait de la patience infinie de vincent giard, que je ne sais trop comment remercier sinon que de cette manière: «merci vincent».

quant au format, il est bien entendu différent de toutes les autres publications colosse (c’est un peu mon running gag personnel): 4,25 x 7,25 pouces. ça lui donne une allure très «verticale». la raison véritable est que les planches ont été dessinées sur des demi pages «lettre», donc dans un format assez bâtard de 5,5 x 8,5 pouces. voilà pour la parenthèse technique.

salon du livre n’est pas encore disponible mais ça s’en vient: j’ai approuvé les épreuves aujourd’hui même au caïus du livre (qui comme d’habitude font une fichue de bonne jobe). lorsqu’il sera des nôtres, vous pourrez le commander sur le site officiel de colosse ou l’acheter chez certains libraires sympathiques, par exemple fichtre!. ce sera tiré à 50 petits exemplaires et ce sera tout pour le moment.

alors voilà, ça c’est la première annonce. il y en aura au moins deux autres comme ça dans les prochains jours. avec peut-être quelques dessins minervois pour vous faire patienter. à bientôt et, puisque janvier n’est pas terminé: une excellente année à vous tous, amis, collègues et visiteurs discrets qui me faites l’honneur de votre présence malgré une mise à jour proprement erratique.

6 commentaires pour “le salon qui n’en était pas un”

  1. McComber Says:

    J’adore et je linke.

  2. Josiane Says:

    c’est très très drôle, souvent touchant, et toujours juste.

  3. catherine Says:

    tu ne peux pas savoir à quel point j’ai hâte de lire ça.

  4. zviane Says:

    Ahahah!! David, ton texte est vraiment drôle. Ça me donne d’autant plus hâte de lire ton salon du livre.

  5. vincent Says:

    C’est du top shit.

  6. Marie Says:

    J’ai bien hâte aussi de voir la suite.
    C’est vraiment drôle.

laissez un commentaire

dites ce qui vous passe par la tête.
(les messages injurieux seront éliminés sans façon et avec le sourire.)