beaucoup, voire trop (re: la bagarre)

Friday, April 3rd, 2009, 0:06


mon découpage de locus amœnus, pages 9 et 10

comme d’habitude au printemps, c’est la sortie d’hibernation, la preuve: je recommence à écrire des choses sur mon pauvre blogue délaissé. mouais, depuis angoulême, je dois admettre que j’ai pris ça mollo, côté blogue. pas grand-chose à dire, encore moins à écrire. dessiner? ne m’en parlez pas. enfin, quoique. moui, c’est que voilà. moi et vincent giard (qui n’a, aussi invraisemblable que ça puisse paraître, aucun lien de parenté avec le phénomène que vous savez), on a fait un machin de superhéros de 22 pages qui sera publié, genre, dans un colosse collectif ce lundi 6 avril au cégep du vieux-montréal lors du vernissage de l’exposition bagarre que… bon, je sens que je ne suis pas limpide, je recommence à partir du début si ça vous ne dérange pas.

or donc. c’était la fin de l’hiver et en attendant que ça passe, à moins que ce soit par un désœuvrement aux visées moins spécifiques que ça encore, je me suis mis à lire un truc dont on m’avait toujours vanté les mérites: les premiers épisodes de fantastic four de stan lee et jack kirby, datant des années 1960. et puis voilà, ce faisant, je me suis pris à me dire que c’était ça, la vraie liberté d’écriture: y aller franco, jouer sur les effets, ne pas se soucier de vraisemblance, voilà qui permet, étonamment peut-être, de faire passer les émotions les plus brutes et les plus fondamentales. en fait, je dis ça, mais je ne sais pas si c’est vraiment ça qu’avaient en tête lee et kirby au moment où ils mettaient en scène leurs personnages. sauf que moi, c’est à ça que je pense et la dernière fois où je me suis senti comme ça, comme un lecteur content d’être barouetté sans égards, je pense que c’est quand j’ai lu le lotus bleu en noir et blanc, et là aussi ça m’avait pris, cette envie de faire pareil mais avec une autre idée derrière la tête.

bref, je faisais mijoter ça et voilà que jimmy m’arrive avec une proposition d’expo sur un thème dont on avait déjà discuté il y a plusieurs mois et qui nous avait collectivement bien fait rire: la bagarre. vous conviendrez que, pour nous pauvres freluquets occupés à faire nos miquets intimistes, l’idée de tremper dans quelque chose de moindrement violent a quelque chose d’à la fois incongru et profondément séduisant. c’est drôle et on se dit: ça va être facile. facile, la bagarre, c’est précisément ce par quoi la décrivent ceux qui ne connaissent rien à la bande dessinée: en gros, la bédé, c’est pif, paf, pouf. et pourtant, la bagarre, comme thème, c’est parfaitement casse-gueule (certes, le contraire eût été surprenant).


esquisses de vincent pour locus amœnus, pages 3 et 5

c’est qu’on se retrouve avec deux choix: ou bien on fait comme d’habitude, un peu de quotidien qui s’adonnerait raconter une bagarre (ou quelque succédané suffisamment sanguin), ou bien on se perd dans le cliché à outrance, le pif, paf, pouf ci-haut cité. bref, deux pièges également sournois se terrent devant vous, vous n’avez plus qu’à en choisir un. pour ma part, j’ai emboîté le pas à mes lectures et je me suis lancé dans le trou sans fond de l’aventure super-héroïque. pas fou, je me suis dit que ça ne servait à rien d’essayer de dessiner ça tout seul alors je suis allé voir vincent qui se demandait également ce qu’il allait faire pour l’expo. je l’embrigade donc très vite dans mon projet avant que quelqu’un d’autre ne pense à lui proposer une idée moins idiote, et c’était parti.

je ne vous raconterai pas les détails de cette collaboration qui se déroula comme un rebord gagnant, sinon que pour confirmer que ça s’est bien passé, et à l’intérieur des 22 pages règlementaires. avis donc aux puristes et aux amateurs: on vous a concocté du vrai de vrai super-héros bien classique, sans lycra mais avec des vrais pouvoirs imparfaits, des personnalités antagonistes et aucune espèce de psychologisme à la con. et, concession au fait qu’on n’est plus dans les années 1960, on a laissé tomber les narratifs pompeux à la stan lee, ce qui ne nous a pas empêché de mettre en scène un personnage qui parle tout le temps tout seul pour expliquer ce qu’il est en train de faire. attention, je vais être à la limite de l’agaçant à ce sujet: ce n’est pas une parodie.


planches 2 et 4 de locus amœnus en construction

oui, vous avez bien entendu: locus amœnus (parce que c’est comme ça que ça s’appelle: wikipédiez-moi ça au plus sacrant) n’est absolument pas du second degré. il ne faut surtout pas le lire avec un regard sarcastique, du genre «moi je comprends, vous pas, jouez prudemment». ce n’est pas une blague sur le dos du pauvre lecteur largué. il ne faut même pas le lire parce que ha ha ha, c’est tellement mauvais que c’est bon, man. j’y tiens: du mauvais, il y en a assez comme ça sur le marché, je ne compte pas contribuer de mon plein gré à cette douteuse manne. vous méritez mieux. moins de pathos, par exemple. plus d’inventions débiles et d’explications tordues autour d’un enjeu qui se reconnaît lui-même comme dérisoire. la vérité est là, dans ce que les êtres humains font quand ils courent autour de cet enjeu-là, justement parce que l’enjeu en question n’a pas le moindre début d’importance pour personne d’autre qu’eux-mêmes. nous, on est là et on regarde et on fait semblant de ne pas se reconnaître.

(je ne nie pas, cependant, qu’on se fût amusés comme des cons à mettre en scène les situations les moins probables et les dialogues les plus tortueux qui nous passèrent par la tête. et à fourguer une quantité de petits détails anodins qui sont là seulement pour faire rire. hého! ce n’est pas parce que ce n’est pas une parodie que ce n’est pas censé être drôle.)

bon, mais pour voir tout ça, il faudra venir faire un tour à l’expo. ou alors acheter le catalogue d’expo (dans lequel on trouvera les 22 planches) édité chez colosse pour l’occasion. il y aura beaucoup d’activités ces prochains jours, auxquelles je participerai comme d’habitude. pour en savoir plus, et d’ici à ce que je me décide à annoncer tout ça ici-même, on peut consulter ce récapitulatif provenant du nouveau site de jimmy beaulieu, commissaire de l’événement et de tout le reste.

bon, allez, une planche, question de répondre à la question: pourquoi travailler avec vincent? la réponse en deux planches, à comparer avec le découpage au début de ce post.

aïe. la question devrait être: pourquoi dessiner quoi que ce soit soi-même?

4 commentaires pour “beaucoup, voire trop (re: la bagarre)”

  1. Raymond Says:

    C’est très bon. Ces dernières images me font beaucoup penser à Donjon. L’idée est probablement la même : retrouver la fraicheur du récit et la fascination des images qui “ne prennent pas la tête”.

  2. david t Says:

    raymond: oui, en le faisant on s’est aperçu de l’affinité avec donjon. mais je pense que le résultat sera assez différent. ce qui nous amuse, c’est de faire délibérément dans l’invraisemblable, tout en empêchant les personnages d’accéder eux-mêmes à cette réalisation de l’invraisemblance de leurs aventures: pour eux, ce qui se déroule est dans l’ordre des choses. ce n’est pas une attaque de l’intelligence mais plutôt un refus du «méta», du second degré qui avec les années est devenu un réflexe un peu vain.

  3. Guillaume Says:

    Vraiment excellente histoire ! J’ai adoré et je ris encore dans ma barbe en me remémorant Gaëtan Dufresne.

    Je pense que ton duo avec Vincent Giard est des plus fécond (Retardi est très drôle également). En tout cas vous êtes sur la voie qui mène au Graal de la drôlerie illustrée (je parle des travaux de Catherine Genest).

    J’ai hâte à la suite.

  4. Mlle Graal Says:

    salut vieille branche !
    en tout cas, j’ai lu tes pages du fanzine plus d’une fois depuis hier et je ris vraiment.

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